Un anti-inflammatoire et on n’en parle plus ? Pas si vite.
Le tendon d’Achille réclame du mouvement calibré, pas une pilule magique.
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Pourquoi les anti-inflammatoires ne sont pas la réponse
Si vous avez déjà ressenti cette douleur persistante derrière votre talon, vous avez probablement envisagé la facilité : avaler un comprimé et attendre que ça passe. Pourtant, il faut savoir une chose essentielle : la tendinopathie d’Achille n’est généralement pas une inflammation classique. En réalité, il s’agit plutôt d’un problème dégénératif : un tissu qui se détériore à force de sollicitations excessives ou mal contrôlées.
Imaginez une corde, sur laquelle on tire de façon répétée. Elle va finir par s’user, s’effilocher. Voyez maintenant le tendon comme une corde, faite de fibres de collagène, sur laquelle le muscle tire à chaque contraction. Ces fibres finissent par s’abîmer. La bonne nouvelle c’est qu’on est sur une structure vivante, qui peut se réparer.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent masquer temporairement la douleur, mais ils ne règlent pas le problème à sa source. Ce dont votre tendon a réellement besoin, c’est d’une rééducation progressive et structurée.
Comme je l’explique souvent à mes patients en consultation, la tendinopathie est un phénomène d’origine mécanique, la réponse ne sera donc pas chimique !

L’erreur du repos total
On pourrait croire qu’en cas de douleur, la meilleure solution serait de tout arrêter. Bonne idée ? Pas vraiment. Le tendon d’Achille, malgré ses apparences robustes, est un peu capricieux : un repos total le prive de stimulation et ralentit même la régénération du collagène qui le constitue. En d’autres termes, sans charge adaptée, il s’affaiblit, perd en élasticité et devient plus vulnérable aux nouvelles blessures. À l’inverse, une reprise brutale et anarchique peut provoquer une surcharge soudaine et le fragiliser davantage.
Le bon équilibre, c’est d’écouter les signaux envoyés par votre tendon tout en lui proposant un effort progressif et dosé.
Charger intelligemment, la clé d’une guérison durable
La rééducation par charge progressive constitue aujourd’hui la base du traitement de la tendinopathie d’Achille. Et la science le confirme : à trois mois, tous les traitements actifs surpassent clairement l’approche passive dite du « wait-and-see ».
Parmi ces traitements actifs, plusieurs méthodes ressortent :
- Les exercices excentriques (protocole d’Alfredson), qui consistent à travailler le tendon en descendant lentement le talon depuis une position relevée.
- Le protocole « heavy slow resistance », qui intègre des exercices effectués lentement avec des charges progressivement croissantes.
- Le protocole modifié de Silbernagel, combinant phases excentriques et concentriques, avec des exercices adaptés selon la douleur ressentie.
- Le protocole de Stanish (historique), basé sur des exercices excentriques rapides, moins utilisé aujourd’hui en pratique, même si souvent cité.
La bonne nouvelle : aucune méthode ne se détache clairement : choisissez celle que vous pourrez appliquer régulièrement.
Rappelez vous cette catchphrase des entraîneurs américains : « Regularity beats intensity » (je dois traduire ?)

Source : Silbernagel et al., Journal of Athletic Training, 2020. Protocole validé de prise en charge progressive de la tendinopathie d’Achille. Infographie réalisée par @YLMSportScience
Concrètement, comment ça se passe ?
Chaque matin :
10 montées lentes sur la pointe des pieds pour réduire la raideur matinale.
Puis :
3 séries de 15 répétitions, deux fois par jour :
- Depuis une marche, montez sur la pointe des pieds puis redescendez lentement.
- Travaillez genou tendu puis fléchi.
- Ajoutez du poids progressivement dès que la douleur reste ≤ 3/10.
Et si ça ne va pas ?
Pas d’amélioration après 4 à 6 semaines ? → Consultez un médecin, faites-vous accompagner par un kinésithérapeute.
Conclusion : Optez pour une prise en charge active et durable
La meilleure approche pour prévenir ou soigner une tendinopathie d’Achille reste une prise en charge active et régulière. Il s’agit d’un engagement envers votre santé qui consiste à écouter votre corps, respecter des exercices spécifiques et maintenir une bonne hygiène de vie.
Êtes-vous prêt·e à échanger la boîte d’anti-inflammatoires contre 15 minutes quotidiennes de renforcement ciblé ? Votre tendon vous en remerciera sur le long terme.
Risque de rupture du tendon d’Achille
La rupture représente le stade final d’une tendinopathie négligée. Des études montrent une dégénérescence tendineuse dans plus de 98 % des cas de rupture. Curieusement, la douleur est plutôt protectrice : en limitant l’effort et prévient la rupture.
Mais chez certains, la douleur est absente ou insuffisante. Et là, le tendon peut rompre sans prévenir.
Corticoïdes : attention danger !
Infiltrer un tendon d’Achille avec des corticoïdes ? C’est une mauvaise idée. Cela fragilise le tissu, augmente le risque de rupture et n’aide pas à reconstruire. C’est clairement contre-indiqué.
Le PRP
Les techniques dites « régénératives » comme les injections de PRP (plasma riche en plaquettes) sont parfois proposées dans le traitement des tendinopathies. Elles visent à stimuler la réparation tissulaire à l’aide des facteurs de croissance contenus dans vos propres plaquettes. Leur efficacité reste débattue, dépendante des protocoles utilisés, mais la littérature tend à montrer un intérêt de ces injections en complément des mesures précitées.
Nous consacrerons un article dédié à ce vaste sujet prochainement.

FAQ sur la tendinopathie d’Achille
- Quels sont les symptômes typiques ?
Raideur matinale douloureuse, douleur à la palpation, douleur lors de l’activité physique. - Combien de temps dure la guérison ?
Une rééducation bien menée améliore généralement les symptômes en 3 à 6 mois. - Puis-je continuer à courir malgré la tendinopathie ?
Oui, avec une adaptation stricte de la charge et un suivi professionnel. - Dois-je porter des semelles orthopédiques ?
Cela dépend : faites-vous évaluer par un spécialiste.
Sources scientifiques
- Longo et al., 2009, Achilles Tendinopathy, Sports Medicine and Arthroscopy Review, 17(2), 112–126.
- Silbernagel et al., 2020, Current Clinical Concepts: Conservative Management of Achilles Tendinopathy, Journal of Athletic Training, 55(5), 438–447.
- von Rickenbach et al., 2021, Achilles Tendinopathy: Evaluation, Rehabilitation, and Prevention, Current Sports Medicine Reports, 20(6), 327–334.
- van der Vlist et al., 2021, Which treatment is most effective for patients with Achilles tendinopathy? A living systematic review with network meta-analysis of 29 randomised controlled trials, British Journal of Sports Medicine, 55, 249–255.