Entorse de cheville : symptômes, traitement et prévention efficaces

Entorse de cheville : pourquoi elle n’est jamais aussi “banale” qu’on le pense

🕒 Temps de lecture : 9 min

Introduction : comprendre et bien traiter l’entorse de cheville

Si vous pratiquez un sport collectif ou individuel, vous avez probablement déjà vécu ou observé ce scénario désagréable : une mauvaise réception après un saut, un faux pas lors d’une course, ou simplement un pied mal positionné sur un terrain irrégulier.

Soudain, une vive douleur vous envahit au niveau de la cheville : est-ce une entorse de cheville ?

L’entorse de la cheville est sans doute l’une des blessures les plus fréquentes chez les sportifs amateurs et professionnels, mais elle concerne également les non-sportifs dans leur vie quotidienne. Dans cet article, découvrez comment identifier précisément cette blessure fréquente et surtout comment réagir efficacement pour favoriser une guérison rapide et durable.


Qu’est-ce qu’une entorse de cheville ?

Une entorse survient lorsque les ligaments qui stabilisent votre articulation de la cheville sont brusquement étirés ou même partiellement déchirés en raison d’un mouvement excessif.

Au niveau de la cheville, le mécanisme le plus fréquent est l’inversion, c’est-à-dire que le pied bascule brutalement vers l’intérieur, entraînant un étirement soudain des ligaments externes de la cheville.

Cependant, il est essentiel de se rappeler qu’une douleur à la cheville ne signifie pas nécessairement une entorse latérale de cheville. Une fracture osseuse, une atteinte d’un autre ligament de la cheville ou encore une blessure tendineuse peuvent imiter exactement les mêmes symptômes. Ainsi, toute blessure à la cheville nécessite une évaluation médicale rigoureuse pour confirmer le diagnostic exact et éviter des complications.


Anatomie ligamentaire de cheville par Netter
Image ©Netter

NB : Pour les puristes, il existe une myriade de ligament (et donc d’entorses possibles) autour de la cheville. Dans cet article, comme dans le langage commun, lorsqu’on parle d’entorse de cheville, on parle de l’entorse du complexe ligamentaire collatéral latéral (composé des ligaments talo-fibulaire antérieur, calcanéo-fibulaire et talo-fibulaire postérieur), c’est à dire ceux qui sont encadrés en rouge sur l’image.


Comment reconnaître une entorse de cheville ?

Les signes d’une entorse sont souvent évidents, bien qu’ils puissent varier selon la gravité de l’atteinte ligamentaire. Voici les symptômes typiques à surveiller :

  • Une douleur soudaine et intense ressentie immédiatement après le traumatisme ou apparaissant dans les minutes qui suivent.
  • Un gonflement rapide localisé autour de la malléole (partie saillante de la cheville).
  • Un hématome pouvant apparaître progressivement dans les heures suivant l’accident.
  • Une difficulté importante, voire une incapacité totale à poser le pied au sol ou à marcher normalement.

Attention toutefois, une douleur modérée mais persistante ou une gêne prolongée ne doit jamais être négligée. Même en l’absence de signes spectaculaires, une consultation médicale est primordiale pour éliminer d’autres blessures potentiellement plus sérieuses.
Encore une fois, toute douleur du compartiment latéral de cheville n’est pas forcément une entorse latérale de cheville.


L’évaluation clinique : une étape indispensable

Devant une suspicion d’entorse, le médecin ou le kinésithérapeute procédera systématiquement à une évaluation clinique complète, qui comprend plusieurs étapes :

  • Inspection visuelle approfondie : recherche de gonflement, de déformation articulaire, et présence éventuelle d’une ecchymose.
  • Évaluation de l’amplitude articulaire : tester la mobilité restante avec douceur afin de déterminer la gravité de l’entorse.
  • Palpation précise et minutieuse : identification des ligaments lésés en évaluant les points douloureux.

Examens radiologiques : quand faire une radiographie ?

Dans le doute d’une éventuelle fracture associée, les professionnels de santé utilisent fréquemment les Règles d’Ottawa, un protocole éprouvé permettant de décider si une radiographie est nécessaire ou non. Ces règles garantissent que toute blessure plus complexe soit rapidement détectée et traitée. Elles permettent aussi d’éviter la surconsommation d’examens radiologiques non indispensables, et de limiter le risque d’irradiation inutile. (La radio, c’est des rayons X. Les rayons X, ça irradie).

Par ailleurs, l’échographie peut constituer un examen complémentaire pertinent pour évaluer précisément l’état des ligaments et des tissus mous après une entorse. Cet examen présente l’avantage d’être non invasif, indolore, et de fournir des images dynamiques très utiles pour le diagnostic précis. Toutefois, l’échographie n’est jamais systématique et sera prescrite uniquement à la discrétion du professionnel de santé en fonction des signes cliniques observés.



Prise en charge : évolution des recommandations

Pendant longtemps, la prise en charge immédiate d’une entorse se résumait au protocole RICE (Repos, Glace, Compression, Élévation). Pourtant, la recherche médicale actuelle montre que l’application stricte de glace et une immobilisation excessive ne sont pas toujours les meilleures stratégies pour favoriser la récupération fonctionnelle.

Aujourd’hui, le protocole PEACE & LOVE est privilégié par les experts. Vous pouvez lire l’article déjà présent sur le blog pour plus de renseignements à ce sujet.


Prévention et retour au sport

Après avoir correctement traité votre entorse aiguë, le principal objectif est d’éviter la récidive. Cela passe nécessairement par une rééducation approfondie et méthodique :

  • Travail proprioceptif intensif : exercices d’équilibre, travail sur surfaces instables ou dynamiques pour améliorer la stabilité articulaire.
  • Renforcement musculaire spécifique : focalisé sur les muscles autour de la cheville pour renforcer sa résistance face aux contraintes.
  • Reprise graduelle des activités sportives : toujours en respectant les seuils de douleur, avec un éventuel soutien temporaire comme une orthèse ou du taping pour sécuriser les premiers entraînements.
  • Réalisation de tests spécifiques pour le retour au terrain : type Ankle-GO, permettant d’assurer un retour terrain avec plus de sécurité.

Bien soigner une entorse, c’est avant tout investir dans la prévention de futures blessures.

Une rééducation complète et adaptée garantit une récupération optimale et limite les risques de récidive. N’hésitez pas à consulter régulièrement votre professionnel de santé pour un suivi efficace et personnalisé. Les mieux placés pour cela, étant alors nos amis les kinésithérapeutes. Un bon kiné, ça change la cheville !



Faut-il immobiliser la cheville blessée ?

L’immobilisation temporaire par une attelle ou une botte de marche reste toutefois une option utile dans certains cas, selon la gravité de l’entorse. En effet, une attelle souple peut suffire pour une entorse légère à modérée afin de sécuriser l’articulation tout en permettant une certaine mobilité. À l’inverse, une botte de marche rigide est parfois nécessaire lors d’entorses sévères, assurant une immobilisation plus complète pour favoriser la cicatrisation initiale. Cette décision revient au praticien qui jugera de la solution la mieux adaptée à votre cas.

En effet il n’existe pas UN traitement universel des entorses de cheville. Déjà parce qu’il n’existe pas UNE entorse de cheville, mais tout un tas de stades de gravité différents justifiant tous d’un traitement différent. Mais aussi parce qu’il n’existe pas UN patient, mais tout un tas de patients différents, avec des impératifs propres à chacun. Le traitement est donc adapté au cas par cas par le praticien. Ne soyez pas étonné de recevoir des soins différents de ceux que reçoit une star du foot, ils ne sont pas forcément moins bon, mais certainement plus adapté à votre cas. Et puis, les footballeurs pro, ils vivent presque avec leur kiné, on a pas tous cette chance… Je vous ai déjà dit qu’un bon accompagnement kiné ça change la donne ?


Chirurgie de la cheville : inutile pour une entorse classique ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la chirurgie n’a montré aucune supériorité par rapport au traitement fonctionnel (celui dont on vient de parler) dans la prise en charge d’une entorse aiguë de cheville. En réalité, la chirurgie n’a tout simplement pas sa place dans le traitement standard d’une entorse classique. Si vous connaissez quelqu’un qui a été opéré pour une entorse de cheville, c’est probablement parce que cette blessure n’était pas une simple entorse, mais qu’elle s’accompagnait d’autres lésions beaucoup plus complexes, ou des répercussions chroniques, type instabilité.


Complications possibles après une entorse de cheville

Même si une entorse semble initialement bénigne, elle peut malheureusement entraîner des complications si elle n’est pas correctement traitée. Parmi ces complications figurent les douleurs persistantes, qui peuvent limiter vos activités quotidiennes, ainsi que la raideur articulaire, réduisant la mobilité et rendant difficile le retour à vos activités habituelles ou sportives. Enfin, une instabilité chronique peut s’installer, augmentant considérablement le risque de nouvelles blessures à répétition. Le but du traitement est de limiter leur apparition.

➡️ On ne prend jamais une entorse à la légère, même en cas d’entorse légère.


Retour au sport : mission accomplie !

Conclusion

L’entorse de cheville est fréquente, mais pas anodine. Elle nécessite une prise en charge rapide et rigoureuse pour éviter les complications potentielles et permettre une récupération rapide et durable. Le respect des recommandations actuelles comme le protocole PEACE & LOVE, associé à une rééducation adaptée et à un suivi médical régulier, sont les clés pour retrouver pleinement votre mobilité et reprendre sereinement vos activités sportives et quotidiennes.


FAQ sur l’entorse de cheville

Combien de temps dure une entorse de cheville ?
La guérison d’une entorse légère peut prendre 1 à 3 semaines, tandis qu’une entorse plus grave peut nécessiter entre 4 et 8 semaines, voire davantage selon les cas.

Doit-on toujours mettre de la glace sur une entorse ?
La glace peut soulager la douleur à court terme, mais son efficacité sur la guérison reste discutée. Aujourd’hui, on privilégie plutôt le protocole PEACE & LOVE, centré sur une rééducation active.

Quand consulter pour une entorse de cheville ?
Il est recommandé de consulter dès que vous ressentez une douleur vive, un gonflement important, ou une incapacité à marcher normalement après un traumatisme à la cheville.

Qui consulter pour une entorse de cheville ?
Le médecin du sport est le spécialiste de la traumatologie non chirurgicale, c’est lui qui établira le diagnostic le plus précis. Le suivi pourra être réalisé conjointement avec un kinésithérapeute du sport, qui assurera une rééducation optimale.

Une entorse mal soignée peut-elle entraîner des complications ?
Oui, une entorse mal traitée peut provoquer des douleurs persistantes, une raideur chronique et une instabilité articulaire augmentant le risque de nouvelles blessures.

Peut-on faire du sport avec une entorse de cheville ?
Il est déconseillé de reprendre immédiatement le sport après une entorse. Une reprise progressive sous supervision est essentielle pour éviter les récidives.


Sources

  • Delahunt E, Bleakley CM, Bossard DS, et al. Clinical assessment of acute lateral ankle sprain injuries (ROAST): 2019 consensus statement and recommendations of the International Ankle Consortium. Br J Sports Med. 2018;52(20):1304-1310.
  • Kerkhoffs GM, van den Bekerom M, Elders LA, et al. Diagnosis, treatment and prevention of ankle sprains: an evidence-based clinical guideline. Br J Sports Med. 2012;46(12):854-860.
  • Kaminski TW, Hertel J, Amendola N, et al. National Athletic Trainers’ Association position statement: conservative management and prevention of ankle sprains in athletes. J Athl Train. 2013;48(4):528-545.
  • Dubois B, Esculier JF. Soft-tissue injuries simply need PEACE and LOVE. Br J Sports Med. 2020;54(2):72-73.
  • Fong DT, Hong Y, Chan LK, et al. A systematic review on ankle injury and ankle sprain in sports. Sports Med. 2007;37(1):73-94.
  • Picot B, Lopes R, Rauline G, Fourchet F, Hardy A. Development and Validation of the Ankle-GO Score for Discriminating and Predicting Return-to-Sport Outcomes After Lateral Ankle Sprain. Sports Health. 2023;16(1):47-57.

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